Jah Cure

Jah Cure
Jah Cure est un jeune artiste extrêmement talentueux qui mérite qu'on le présente. On ne peut cependant occulter le fait qu'il ait été condamné à 15 ans de prison pour viol et violence ce qu'il a toujours nié et contre quoi ces proches luttent aujourd'hui. Aujourd'hui encore en prison, Jah Cure prépare son troisième album...
Tout avait pourtant bien commencé. Chanteur talentueux, Jah Cure est pris sous l'aide du roi de lovers, Beres Hammond qui croit beaucoup en lui et qui lui propose de produire son album sur son label Harmony House. Né en 1979 à Montego Bay, Siccaturie Alcok (son vrai nom) passe son enfance à Kingston, bercé par Bob Marley, Jacob Miller, Israel Vibrations, Yami Bolo et... Lionel Ritchie qu'il cite souvent dans ses influences. Il commence à écrire ses propres textes pour les chanter. Il évoque la vie du peuple, la nature, la Terre... C'est Capleton qui le surnomme Jah Cure, car il fait partie des Bob Dreads, confrérie rasta à laquelle appartiennent Sizzla, Anthony B, Jah Mason, Determine... Il rencontre un jour Sizzla avec qui il a des affinités et avec qui il enregistre un duo, « Divide and Rule », qui devait être produit par Beres Hammond . Ce dernier sous le charme de la voix de Jah Cure lui propose de bosser avec lui. Le feeling passe tout de suite et il commence à travailler ensemble sur un album.
Mais Jah Cure se fait arrêter à sa grande surprise deux mois avant la sortie de son album. Il est accusé de viol et reconnu coupable. Il est condamné à 15 ans de prison.
Pendant son emprisonnement sortent les magnifiques albums « Free jah Cure » et « Ghetto Life ». les deux sont indispensables et se laissent écouter d'un bout à l'autre ce qui est assez rare pour être remarqué. Citons le magnifique « Love is the only solution », « Try to Live on » produit par Xtreminator, « every song i sing », « Praises », Jah Bless Me ». Autres incontourbales, ses duos avec Jah Mason, : « run come love me tonight » et « Working so hard »... Depuis Jah Cure attend que son procès soit révisé...
# Posté le jeudi 26 janvier 2006 08:24

Ska-P

Ska-P
A Vallekas, un quartier ouvrier de Madrid qui a une longue tradition de lutte contre la dictature, où les gens avaient appris à survivre en ignorant l'Etat, quand ce n'était pas carrément en l'affrontant, cinq gars de la classe ouvrière qui expriment leur colère à travers la musique créent un groupe. Et ils décident de mettre une bande-son à tout ce qu'ils voient, à tout ce qu'ils sentent. Ainsi est né SKA-P. Le nom du groupe vient évidement de leur genre musical mais également d'un jeu de mot : les espagnols prononcent "ska-p" "escape" : s'échapper. Pupul aux vocals et à la guitare, Paco à la batterie, Julio à la basse, Kogote aux claviers et Toni à la guitare, décident de se lancer dans l'arène pour chanter bien haut ce que beaucoup de gens pensent, même s'ils sont rares à avoir le courage de le dire. Pour cela, ils prendront comme référence musicale le ska, le rythme de combat que l'on entend dans les quartiers ouvriers de Londres, Berlin, de Paris ou de n'importe quelle ville du monde où vivre est un luxe pour les travailleurs. Sans exclure toute autre expression musicale qui leur permette de libérer leur envie de dénoncer et d'ébranler les consciences. Et, bien sûr, sans faire de sermon, ni endoctriner, car, pour cela, il y a les curés. Il faut lutter. Mais il faut profiter de la vie aussi. Donc, la meilleure façon de combattre le pouvoir sera de lui démontrer qu'on peut lui assener des vérités tout en s'éclatant. Bringue et lutte, un cocktail explosif. Mais on ne pourrait comprendre cette histoire sans la présence de Toni Lopez, le manager-producteur-ami-confident-conseiller de la bande. L'équipe est désormais au complet. La semence de la rébellion est prête à éclore.

DEBUTS DU GROUPE
Pulpul : "Nos chansons sont empreintes de contestations sociale, parce que dans cet état il y a encore beaucoup de merde à nettoyer et que nous voulons le faire ; nous en ressentons le besoin, nous nous opposons à la tauromachie, nous sommes du côté des insoumis, avec les gens des bourgades ouvrières..." Voici la philosophie de départ du groupe. On dit que la foi soulève des montagnes et, en l'occurrence, elle a fait bouger même les Pyrénées. Car les débuts ont étés dur. Sans argent et avec deux seuls thèmes composés ("Chupones" et "Como un rayo") , mais avec la tête pleine de (bonnes) idées, ils décident de rompre avec les normes ( une caractéristique du groupe) du monde de la musique, et ils passent outre le parcours obligé qui consiste à enregistrer une maquette puis à aller mendier auprès des maisons de disques. Ils préfèrent plutôt se cotiser et enregistrer directement leur premier disque, intitulé "Ska-p", un CD qu'ils ont produits eux-mêmes et qui sont aujourd'hui de véritables pièces de collection.

LEUR MEILLEURE ARME : LE DIRECT.
Pako : "Lorsque nous montons sur scène, nous voulons nous amuser et que les gens s'amusent avec nous." Avec une poignée d'excellents morceaux, une grosse dose d'optimisme et beaucoup de travail, le groupe commence à se produire dans de petites salles de Vallekas, leur quartier. Malgré l'aide d'une petite compagnie indépendante qui distribue leur premier disque, celui-ci ne fait pas grand bruit. Tout au contraire, sur scène, le groupe fait un tabac et sa réputation est boostée par le bouche à oreille. Pipi, deuxième chanteur et, en grande partie, responsable de la folie du groupe sur scène grâce à son interprétation quasi-théâtrale, et le remplacement du guitariste Toni par Joxemi, viennent compléter le sextuor qui ne changera plus.

"EL VALS DEL OBRERO"
Véritable bombe, ce deuxième album de SKA-P écrit en 1996 sera celui qui catapultera le groupe à leur niveau actuel. Douze nouveaux morceaux ( douze cocktails molotov ), 170 000 disques vendus, 150 concerts dans tout le pays, des dizaines de milliers de personnes dans les salles : un parcours sans faute pour le groupe ska-p.
On pourrait penser que le succès de ce second album leur monterait à la tête, et bien non, SKA-P continue de tourner le dos aux télévisions et grandes radios nationales qui ne veulent pas les laisser s'exprimer librement.
Toutefois, le droit à la parole est bien présent sur scène et ska-p ne s'en prive pas.


Deux ans après Planeta eskoria, leur album le plus abouti à ce jour, et qui redressait la barre après un Circo iberico un peu décevant, Ska-P sort un nouvel album, que le groupe a composé sur la route. ¡¡ Que corra la voz !! est leur cinquième album, si on compte le premier album qui est ressorti l'été dernier.
Musicalement, Que corra... est dans la lignée directe de Planeta eskoria c'est-à-dire un ska lorgnant de plus en plus vers le punk ("Intifada", "Mis coleguas" ), tout en gardant les traditionnelles influences folk voire populaires ("Esquirol"). À tel point que le groupe n'innove pas vraiment, et donne un peu l'impression de se reposer sur ses lauriers... Malgré tout, on peut noter l'ajout d'éléments électro (très légers et discrets, je vous rassure). Mais comment le leur reprocher tant la formule est séduisante ? À base de refrains fédérateurs ("Oooh quien podia imaginar, Wooohoo que David fuese Goliath") et de mélodies imparables, chaque morceau est une bombe, qu'on attend avec impatience de découvrir sur scène... "La estampida", "Welcome to hell", autant de nouveaux hymnes pour nos chers ibériques ! Toujours aussi révoltés, ils dénoncent en vrac la société de consommation, la peine de mort, les violences contre les animaux (c'est déjà au moins la quatrième chanson sur ce thème...), insultent les briseurs de grève et la religion (voir les paroles déjà mythiques de "Casposos", où la Vierge et Jésus finissent dans une partouze...), soutiennent l'alter mondialisation... Le groupe a d'ailleurs pris la salutaire initiative de traduire ses chansons.
# Posté le jeudi 26 janvier 2006 08:44

La Ruda Salska

La Ruda Salska
Depuis 1993, La Ruda sillone les routes de France et s'impose comme le groupe français le plus marquant de la scène ska-punk-rock.

Un véritable orchestre qui a commencé sous le nom de Ruda Salska.
Composé de 8 musiciens, le groupe est emmené par Pierrot, le chanteur qui est l'auteur-compositeur principal des chansons engagées de La Ruda, même si l'ensemble des musiciens participent à la composition des chansons.
Il est accompagné de Manu (batteur), Fred (guitariste), Ritchoune (guitariste), Pee Why (bassiste), Roro (tromboniste), Philly (saxophoniste) et Daddy (trompettiste).

Leur premier album sort trois ans après leur formation, en 1996, il s'intitule "Le prix du silence". Il est entièrement autoproduit et a été enregistré dans un garage et mixé chez la grand-mère d'un ami du groupe ! Un son roots avec les moyens du bord mais des titres qui frappent fort, confirmant les prestations live du groupe.

Le second album est toujours marqué par le sens de la débrouille puisque celui-ci a été enregistré dans une ferme du côté d'Angers, région d'où sont originaires les membres de La Ruda, Saumur pour être plus précis. "L'art de la joie" marque par ses prises de position et son sens du rythme à toute épreuve avec des chansons comme "Du rififi chez les branques" ou "Tant D'Argent Dans Le Monde".

Le groupe nous gratifie d'un album live, preuve de leur puissance scénique et font ensuite un passage éclair chez une major, Sony. Ils sortent "Passager du réel" en 2001.

Mais ils reviennent rapidement à leurs premiers amours indépendants et en 2004 sort "24 images seconde", premier album avec leur nouveau nom !
Ce changement marque un tournant plus rock, les cuivres sont un peu en retrait mais sur scène le groupe est toujours aussi percutant et leur public d'inconditionnels ne les quitte pas.
Avec ou sans le "salska", La Ruda est toujours le grand orchestre de La Ruda Salska !!!!
# Posté le jeudi 26 janvier 2006 08:58

Damian Marley

Damian Marley
Damian Marley n'est autre que le fils de Bob Marley (son dernier) et de la Miss Jamaica Cindy Breakspeare. Celui-ci avait à peine 3 ans lorsque son père est décédé. Après une longue bataille juridique et bien des années plus tard, il a été reconnu officiellement membre de la famille Marley.

Il est né à Kingston le 21/07/1978. Il débute dans la musique au sein des Shepherds. Après de nombreuses apparitions scéniques, il s'oriente vers le dancehall. Deejay degree son premier single sort en 1993. L'année suivante il sort son second single Sexy girls on my mind. Il devient ensuite porte-parole de Leaf Of Life Foundation, une association venant en aide aux enfants séropositifs. Grâce à son premier album, Mr Marley, il élargit son public. En 2001, il revient avec l'album Halfway Tree. Suit l'opus Welcome to Jamrock en 2005.

3 ans après avoir remporté un Grammy Awards pour le Meilleur Album Reggae, Damian Marley le dernier fils de l'icône reggae Bob Marley, a démontré qu'il était à la hauteur de son héritage. Son dernier album Welcome to Jamrock est un carton Outre-Manche et Outre-Atlantique...
# Posté le jeudi 26 janvier 2006 09:02
Modifié le mardi 14 février 2006 21:20

Max Romeo

Max Romeo
Bien que peu connu, Max Romeo est un des plus grands chanteurs de l'histoire jamaïcaine. La rétrospective concoctée par Blood and Fire est l'occasion de revenir sur l'œuvre du vocaliste rasta qui, comme Junior Byles et Bob Marley, marqua les seventies par son engagement politique. Précurseur du son roots et du dub chanté, il intégra le style lent et polyphonique des chants rasta dans le reggae, amenant les orchestres avec lesquels il joua, comme les Upsetters, à inventer des riddims adaptés à son style.

Max Romeo est né Max Smith en 1944, du côté de St. Ann. Son surnom lui est attribué dés ses premiers pas sur scène, pour les raisons qu'on imagine. Il enregistre quelques titres à partir de 1967, dont Wet dream, sous la responsabilité du producteur Bunny Lee notamment. Il est alors le leader des Emotions avant de rejoindre les Hippy boys, aux côtés d'Aston Familyman Barret et de son frère Carlton. Plus tard, les Hippy boys deviendront les Upsetters sous la férule de Lee Perry. Familyman et Carlton barrett accompagnent d'ailleurs de nombreux morceaux contenus dans Open the Iron Gate, témoignages des multiples collaborations initiées dans les années soixante.

Dans les années 70, Max Romeo entame une double collaboration avec Lee 'Scratch' Perry d'une part et Winston 'Niney' Holness d'autre part. Les deux producteurs coopèrent d'ailleurs régulièrement, comme pour Rasta Bandwagon ou Babylon' burning. Il acquiert une renommée internationale en 76 avec War ina Babylon, distribué par Island. Impressionné par le rythme de ce morceau, Bob Marley demanda à Scratch la permission de le chanter lui-même. Fair-play, Scratch lui fit comprendre qu'il revenait à Max de l'interpréter. Open the Iron Gate est une collection de morceaux enregistrés à cette époque au studio Black Ark ou au Randy's, la plupart avec Lee Perry.

La période retenue pour cette sélection n'est pas innocente. 1973-1977 c'est, en gros, la période du premier gouvernement PNP (People National Party, de gauche) en Jamaïque, dirigé par Michael Manley (1972-1976). Max Romeo contribua fortement à la victoire de Manley, qui ouvrit une période faste pour le reggae. A l'aube des seventies, Rastafarisme et socialisme semblaient devoir fusionner, pour le bien des Rastas, du peuple jamaïcain et de ceux du tiers-monde. Le superbe livret confectionné par Blood and Fire rappelle cette époque : le Che Guevara y côtoie Marcus Garvey et Heile Selassie.

Le rôle politique joué par Max Romeo à cette époque est à mettre en perspective avec l'histoire jamaïcaine. Depuis 1962, date de l'indépendance de l'île, le JLP (Jamaican Labour Party, de droite malgré son nom) occupe le pouvoir d'une main de fer, réprimant le mouvement rasta et affichant son indifférence aux problèmes sociaux. Durant ces années difficiles, où s'accélèrent l'exode rural et le développement des ghettos urbains, le mouvement rasta et le reggae émergent, réponses forcément insuffisantes à ces maux. Le pouvoir politique est hostile à ces turbulences, comme le dit Bustamente, alors Premier Ministre de l'île, en 1963 : Tous les Rastas que les prisons ne pourront contenir iront au cimetière. A la même époque, Edward Seaga, alors Ministre du logement, décide de faire raser – sans prévenir – le quartier rasta de Back'O Wall (à l'ouest de Kingston) pour y bâtir un complexe immobilier dans lequel il logera ses partisans, Tivoli Gardens. Cet épisode marqua fortement les Rastas, qui essaimèrent ensuite un peu partout dans l'île, dynamisant ainsi un mouvement que Seaga voulait annihiler.

A l'approche des élections de 1972, le très charismatique Michael Manley parvient à fédérer derrière lui les rastas et les reggaemen. Symboles de rébellion, ils sont pour lui un allié de poids. Pourtant apolitiques traditionnellement, ils sont persuadés d'avoir trouvé un guide à la mesure de leur mythologie. Fan de reggae et tiers-mondiste convaincu, Manley sait parler aux Rastas, utilisant notamment des métaphores tirées de l'Ancien Testament pour s'attirer leur sympathie. Alors que ces derniers s'identifient aux israélites persécutés par les Pharaons égyptiens, Manley acquiert le surnom de Joshua (Josué en français), successeur de Moïse qui fit traverser le Jourdain aux Israélites pour les conduire vers la terre promise. De retour d'un voyage en Ethiopie en 1970, Manley déchaîne la ferveur rasta en exhibant un bâton (rod of correction) que lui aurait remis Haïle Selassié, Jah, Dieu des Rastas, empereur d'Ethiopie. Ce coup de pub génial transforme Manley en prophète, capable de dissiper les maux qui frappent le peuple noir en levant simplement sa rod of correction, à la manière de Joshua ou de Moïse. Les reggaemen s'emparent de ce thème et multiplient les chansons à la gloire de leur champion. Sur Tedious, Junior Murvin reconstitue la légende :

Moïse a donné son bâton à Joshua pour tirer son peuple d'Egypte
Il a donné son bâton à Manley

Avec Let the power fall for I, Max Romeo offre à Michael Manley l'hymne officielle de sa campagne électorale. Max Romeo participa en outre à une vaste tournée de soutien, Bandwagon, aux côtés de Bob Marley, Ken Booth, Derrick Harriot et beaucoup d'autres jeunes artistes de l'époque. La tournée se déroule dans une ambiance chaude, les nervis du JLP attendant régulièrement la caravane pour faire le coup de poing. A la suite de Max Romeo, de nombreux artistes viennent soutenir Michael Manley ; la politisation de la musique sert les reggaemen, qui en tirent un surcroît de popularité et peuvent inscrire concrètement leur démarche rasta dans le projet d'émancipation que propose Michael Manley au travers de son socialisme version jamaïcaine. A la suite du Socialism is love de Max Romeo, Delroy Wilson sortira Better must come (co-écrite avec Max) et Junior Byles écrira ses titres les plus marquants, dont le célèbre Beat down Babylon. Les producteurs comme Lee Perry, Coxsone et Bunny Lee, soutiennent ouvertement ce mouvement, étant eux-mêmes des partisans du PNP. Fort de ce soutien, Michael Manley remporte les élections contre le candidat du JLP, Hugh Schearer.

Malgré la ferveur populaire, Michael Manley éprouve les pires difficultés à mettre en œuvre son projet social. Proche de Cuba et de Castro, Manley suscite l'hostilité des Etats-Unis, qui entravent l'action gouvernementale pour favoriser un retour aux affaires du JLP. En 1974, Max Romeo, pourtant ami personnel du premier ministre, publie un single qu'il lui dédie, No Joshua No. Pas content, il met en garde Manley contre la désaffection qui le menace :

Michael Manley réagit en invitant son ami Max à la Jamaican House pour le féliciter. Il aimait tellement sa chanson qu'il l'avait copié trois fois de suite sur une cassette pour pouvoir l'écouter en boucle !

Ces jeux politico-musicaux se poursuivront durant toute la décennie, dressant un journal chanté de l'actualité jamaïcaine. Tout y passe. Quand le Crash programm est mis en œuvre, permettant l'entretien et le nettoyage des rues, les Abyssinians se fendent d'un titre pragmatique, Crashie Sweep them clean, où ils encouragent les balayeurs. Lorsque le gouvernement met en place les premiers programmes sociaux, Prince Far I répondra à Max Romeo via une chanson intitulée Yes Joshua. Junior Byles, de son côté, reprenait le riddim de Better must come pour chanter When will better come ?, soulignant ainsi le non respect des promesses électorales du PNP.

La situation se corse lorsque le FMI cesse de soutenir financièrement la Jamaïque, déjà en proie à une dévaluation. La crise pétrolière touche durement l'île, qui s'enfonce dans la récession. En faillite, le socialisme démocratique du PNP n'attire plus la sympathie. Les rastas constate jour après jour la dégradation des conditions de vie, et appellent de leurs vœux de nouveaux changements. En 1976, Max Romeo jette l'éponge et quitte la Jamaïque pour des raisons de sécurité. Violemment opposé au JLP mais affichant un soutien critique au PNP, il ne comptent que des ennemis, décidés à le faire taire. Un de ses amis, Bill Gentles, interprétait cette année là Take that rod from off our backs, en référence à cette cane (rod of correction) grâce à laquelle Michael Manley était censé libéré les Rastas. Chantée sur le même riddim que Let the power fall for I et avec une voix proche de celle de Max, le titre suscite la fureur des hommes de main du PNP, qui multiplient les menaces à l'encontre de Max et de sa famille. Comme Bob Marley à la même époque, Max Romeo doit partir de cette l'île pour échapper au destin tragique qui frappera d'autres reggaemen, comme King Tubby, assassiné pour d'obscures raisons dans sa maison. La même année, en 1976, Michael Manley est réélu, de peu. L'enthousiasme est retombé. Quatre ans plus tard, Edward Seaga et le JLP reviennent au pouvoir, dans une Jamaïque à feu et à sang.

Après cette expérience, Max Romeo abandonne la politique pour se concentrer sur des textes plus sentimentaux. Installé aux Etats-Unis, il participe à une comédie musicale jouée à Broadway, Reggae, et apporte son concours aux Rolling Stones sur l'album Emotional Rescue. Au cours des années 80, le reggae suivra une évolution similaire à celle de Max Romeo, le développement du ragga marquant une dépolitisation de la musique. Les gunmens du ghetto marchent pour la dope et pour le fric tandis que les Rastas, désabusés par l'épisode Manley, abandonnent toute idée d'action politique : pas de collaboration avec Babylone.

Revenu en Jamaïque au début des années 90, Max Romeo continue aujourd'hui d'enregistrer et de tourner, collaborant notamment avec Jah Shaka et Tappa Zukie.

Open the Iron Gate est un fabuleux témoignage des golden seventies, révélant un Max Romeo simplement génial. A l'écoute des douze titres mythiques qui composent l'album, une certaine mélancolie surgit devant l'optimisme affiché. Les rastas inventaient une nouvelle spiritualité et s'attaquaient aux maux du monde avec un son puissant et inédit. La faillite des idéaux humanistes, perceptible dans la vague de violence qui ravage en ce moment la Jamaïque (l'armée est dans les rues, Kingston vit à l'heure du couvre-feu et des fusillades entre gangs), dresse un miroir sombre face à cette histoire inachevée. Simultanément, l'audition des vieilles compositions de Max Romeo provoque la nostalgie d'une époque où chanteurs, musiciens et producteurs animaient – par quelle magie ? – des studios analogiques délirants, comme le Black Ark de Lee Perry, d'où sortaient chaque semaine des vinyles au son hallucinant. Il est d'ailleurs regrettable que Max Romeo n'ait pas poursuivi sa collaboration avec Scratch Perry, qui lui fit atteindre des sommets de créativité et d'esthétisme.



Les collaborations prestigieuses se multiplient sur cette compilation. Aux côtés de Familyman figurent Sly Dunbar à la batterie et Robbie Shakespeare à la basse. Ernest Ranglin se fait entendre sur Melt away tandis qu'Earl 'Chinna' Smith apparaît ici et là. Lee Perry intervient à de multiples reprises, pour pousser des cris ou jouer des percussions selon l'humeur. Enfin, Richard 'Dirty Harry' Hall, Bobby Ellis et Tommy Mcook tiennent la section cuivre, admirable de puissance et de conviction sur Valley of Jehosophat (tremble Jericho, tremble). Revelation Time, titre phare d'un album concept produit en 1972, constitue le pivot de cette rétrospective. Pour la première fois, le morceau et son versant Dub, Hammer and Sickle, sont réédités en CD. Avant cela, l'album s'ouvre sur Every man ought to know, ballade rasta chantée d'une voix enjôleuse. Three blind Mice est, vous l'aurez deviné à la lecture du titre, un morceau écrit avec Scratch, tournant comme un fou dans son studio pour trouver de nouveaux sons ou tout autre bruit susceptible d'intriguer l'oreille. Le morceau reprend en effet le rythme d'une comptine (l'équivalent jamaïcain de notre souris verte) pour raconter l'histoire d'un raid de la police dans une soirée. Three blind mice fut un des principaux hits de l'année 75 en Jamaïque. Rieur et moqueur, Max Romeo épingle le Pape (Fire for the Vatican, vraiment marrant), les classes dirigeantes (Warning) ou la police (Three Blind Mice) en déformant sa voix, passant des graves aux aigus, s'emportant comme un chanteur de gospel ou roulant à l'infini les injonctions à la mode rasta. Enfin, les peu connus No peace et Tacko déboulent comme des météores sonores. Trois coups de basse, une nappe de synthé, et la voix cristalline de Max Romeo qui tombe, en trois temps, après l'inflexion initiale : " There'll ... never be no peace/no peace/ in Babylon " (No peace). L'intro de Tacko, elle, est constituée d'un riff de guitare électrique sur lequel Max Romeo semble souffler la fumée d'un spliff avant de se lancer, plaintif : " there's a rasta confuse ... ".
# Posté le jeudi 26 janvier 2006 09:09