Pablo Moses

Pablo Moses
Chanteur et guitariste de reggae jamaïcain, 1975 né le 28-6-1948 à Clamden, Jamaïque.

Ce chanteur de reggae s’est distingué par un style nonchalant et alangui au charme puissant.


Élevé dans son village de naissance, où survivent de nombreuses traditions africaines, notamment culinaires, Pableto grandit en élevant des chèvres et des vaches dans la petite ferme de ses parents. Il vit de fruits et de soleil et découvre Ray Charles, James Brown, les Platters dans les années 50 à la radio. Cherchant une vie meilleure, sa famille déménage à Kingston pendant son adolescence et il découvre le ska des années 60. Il est impressionné en entendant le tromboniste Don Drummond et les Skatalites jouer sur scène, admire Peter Tosh et les Wailers, et Prince Buster. Dès l’école, où il joue la comédie et chante déjà, il rêve de devenir musicien et danse sans arrêt dans la boutique de sa mère. Il auditionne chez tous les grands producteurs de reggae au début des années 70 et, financé par Geoffrey Chung, c’est dans son studio Black Ark que Lee Perry réalisera son premier 45 tours, l’hymne à la consommation de chanvre «I Man A Grasshopper» (1975), suivi de «Blood Money» (1976) qui révèle l’engagement prononcé de Pableto (rebaptisé Pablo Moses, « Moïse » en anglais). Ils seront réunis pour son grand classique, Revolutionary Dream, en 1976 (Jigsaw en Jamaïque, Tropical Sound Tracks en Grande-Bretagne, réédité par Blue Moon-Musidisc en France en 1992). Produit par Geoffrey Chung pour Jigsaw, cet album mêle les commentaires sociaux au message rastafari. A la même époque, il grave aussi les 45 tours «We Should Be In Angola» (Penetrate) produit par Clive Hunt, et «One People» pour Ja-Man (réédité sur une compilation par Blood & Fire), tout aussi militants et soignés.

Avec son style doux et sa voix à la résonance inimitable, Pablo Moses propose un reggae inhabituellement « endormi », très différent du genre « rockers » souvent plus nerveux alors en vogue en Jamaïque. Son détachement fait son charme, et ses compositions sont animées par des paroles soignées et intelligentes. Il signe alors avec la marque Island de Chris Blackwell, qui lui indique qu’il ne produira son prochain album qu’en 1980. En attendant, Pablo Moses se rend à la Jamaica School of Music où il apprend le solfège, la guitare et le piano. Il lui faudra attendre 1980 pour qu’Island finance un enregistrement et publie enfin A Song, un album très bien accueilli par les critiques occidentaux, qui lui construit une solide réputation. En 1981, Pave The Way, réalisé par Pablo et Geoffrey Chung avec la crème des musiciens de l’île comme tous ses disques précédents, parachève sa célébrité. Pablo Moses organise régulièrement des tournées en Europe depuis, mais la chance tourne quand Island cesse de produire du reggae. Il arrange et enregistre alors lui-même In The Future (réédité par Tabou 1 avec l’album de dub afférant en 1997) avec son groupe de scène et l’aide des Wailers en 1983. Trop vite réalisé, de son propre aveu, par manque de moyens, ce disque est néanmoins touchant et plutôt réussi. Il est suivi par Tension (Alligator-Mercury, 1985), Live To Love (Rohit, 1985), We Refuse (Profile, 1990), Confessions Of A Rastaman (Musidisc, 1993) et Mission (Musidisc, 1995), mais la qualité des disques décline quelque peu au fil des années et il ne retrouvera pas le succès de ses premiers enregistrements. Pourtant, sa légende reste intacte et Pablo Moses demeure un nom respecté des amateurs de reggae. En 1998 Music Is My Desire (Tabou 1-Média 7) est publié, son premier album sur scène, enregistré lors de sa dernière tournée européenne, ainsi que Pave The Dub, dub jusqu’alors entièrement inédit de l’album Pave The Way.
# Posté le samedi 13 mars 2004 04:43
Modifié le samedi 13 mars 2004 05:13

Augustus Pablo

Augustus Pablo
Producteur, arrangeur, compositeur, organiste, joueur de clavinet et de mélodica de reggae et de dub jamaïcain, 1969-1999 : né en 1954 à St Andrew, Jamaïque, mort le 18-05-1999.

Objet d’un véritable culte, ce producteur est l’un des plus révérés du reggae de l’âge d’or des années 70. Musicien de studio original, mélodiste et réalisateur inspiré, il a produit quelques-uns des premiers chefs-d’oeuvre du dub souvent mixés par King Tubby, inspirant dans le reggae différents musiciens britanniques comme The Clash, Gang Of Four, Joe Jackson ou New Order.


Autodidacte, il apprend le piano au Kingston College School et accompagne le gospel sur l’orgue de son église locale. Il emprunte alors à sa fiancée un mélodica, sorte de clavier jouet en plastique dans lequel on souffle à la manière d’un petit saxophone droit. A la fin des années 60, le producteur Herman Chin Loy des disques Aquarius et Scorpio publie différents instrumentaux reggae à l’orgue (compilation Augustus Pablo & Friends, The Red Sea, Aquarius-Black Solidarity) joués surtout par l’organiste des Upsetters, Glen Adams, sous le pseudonyme déjà existant d’Augustus Pablo. Glen «Capo» Adams quittera l’île en 1971. Quand le frêle Swaby se présente à Chin Loy, il enregistre son premier 45 tours, «Iggy Iggy» (Aquarius, 1969), au studio Randy’s. Puis, dans le même style, «Cassava Piece» et «East Of The River Nile» sur une rythmique proche du «Papa Was A Rolling Stone» des Temptations. Swaby y utilise un orgue et introduit en outre le mélodica dans le reggae. C’est le premier exemple du son Far East aux gammes mineures, fragiles et hypnotiques, qu’il développe alors en reprenant le pseudonyme d’Augustus Pablo. Il est vite copié. Le mélodica est en ce temps-là utilisé par Glen Brown, Joe White, Pablo Black (qui reprend lui aussi ce prénom) et bien d’autres, comme Peter Tosh (dans la production de Lee Perry «Sun Is Shining» de Bob Marley & The Wailers notamment). Pablo enregistre ensuite directement pour Clive Chin, propriétaire de Randy’s, et l’influent «Java», élu 45 tours de l’année par la presse, est son plus gros succès. Keith Hudson grave aussi ses «Fat Baby» et «The Killer», Leonard Chin son «Lover’s Mood», Lee Perry ses «Hot And Cold» et «Vibrate On», et Bunny Lee toute une série de faces B de 45 tours comme «Pablo Desire» (Pablo & Friends, RAS, 1992). Par la suite, Clive Chin publiera l’album This Is Augustus Pablo (Kaya-Tropical 1972), suivi de Thriller, un premier grand classique où un choix judicieux de rythmiques Randy’s alliées au son irréel de Pablo déclenchera un engouement chez nombre de producteurs. Pablo est alors un musicien de studio et arrangeur très demandé par les plus grands noms du reggae, et il enregistre des centaines de morceaux au mélodica ou en tant qu’organiste-clavinetiste-pianiste. Puis ce sera Ital Dub (Trojan, 1975) pour Tommy Cowan.

Son frère Garth Swaby lance alors son sound system, Rockers, qui donne en 1972 son nom aux productions de disques et plus tard à la boutique d’Orange Street de Pablo. Il copie d’abord de populaires rythmiques Studio One réalisées par Coxsone Dodd, où il reprend les solos du légendaire Jackie Mittoo, puis arrange et publie peu à peu ses propres compositions (apparues en 45 tours sous les labels Message, Hot Staff, Rockers, Yard), surtout des instrumentaux où il joue du mélodica (remixés ensuite en dub par King Tubby). Pablo enregistre avec les meilleurs musiciens de l’île, souvent avec Earl «Chinna» Smith, Leroy « Horsemouth» Wallace, Robbie Shakespeare ou la rythmique de Bob Marley, les frères Barrett. Vers 1973 il confie ses meilleures productions à King Tubby, qui les remixe : l’album King Tubby Meets The Rockers Uptown (Yard-Clocktower, 1974) reste un des grands chefs-d’oeuvre du dub. Il produit le meilleur album de Jacob Miller (compilation 1974-1975 Who Say Jah No Dread, Greensleeves, 1990), suivi par le 33 tours de dub East Of The River Nile (Message, 1978), où collaborent les légendaires ingénieurs du son Tubby, Jammy, Sylvan Morris et Lee Perry, qui en enregistre une partie dans son fameux studio Black Ark. Pablo produira aussi le classique du chanteur de seize ans Hugh Mundell, «Africa Must Be Free By 1983» (Message-VP-Greensleeves, 1978, suivi de «Time And Place», Muni Music). Il produit d’autres grands albums de dub comme Africa Must Be Free By 1983 Dub (Message-VP-Greensleeves, 1978), les compilations de 45 tours Original Rockers Volumes 1 & 2 (Rockers International, 1979 et 1989) et Rockers Meet King Tubby Ina Firehouse (Shanachie, 1980). L’évolution du son des années 80 le déstabilise, mais Earth Rightful Ruler (Message, 1982), King David’s Melody (Alligator, 1983), Rising Sun (Greensleeves, 1986), Rockers Come East et Eastman Dub (Greensleeves, 1988), Rockers Story (Ras, 1989), One Step Dub et Blowing With The Wind (Greensleeves, 1990, un retour réussi), et Pablo Meets Mr. Bassie (1991) suivent néanmoins.

Il produit deux albums pour Junior Delgado (Raggamuffin Year, Rockers International, puis le consistant One Step More) et un de Tetrack (Let’s Get Started). Ses disques avec Yami Bolo (Jah Made Them All, Greensleeves, 1990), qu’il accompagne en 1987 et 1989 en Europe (Paris, à la Mutualité), et quelques autres interprètes sont inégaux, mais à partir de 1988 iI parvient à contrôler le son numérique (digital en anglais) avec assurance. Discret, capricieux et de faible constitution, souvent malade, atteint d’une grave gangrène à la jambe dans les années 90 (trop mal portant, il n’a pu monter sur scène au Bataclan à Paris en juin 1998), Augustus Pablo sait communiquer une paix intérieure reflétée par ses meilleurs disques. Il est mort en mai 1999, quelques mois après la parution de son album Valley Of Jehosaphat.
# Posté le samedi 13 mars 2004 04:44
Modifié le samedi 13 mars 2004 05:12

Third World

Third World
Groupe de reggae, funk et pop jamaïcain, 1976 :
Stephen «Cat» Coore (chanteur, violoncelliste, guitariste et harmoniciste), né à Kingston, Jamaïque ; Michael «Ibo» Cooper (organiste et chanteur) ; William «Bunny Rugs» Clark (chanteur); Richard «Richie Rassie» Daley (bassiste); William Stewart (batteur);Irvin «Carrot» Jarrett (percussionniste).

Un des premiers groupes jamaïcains de stature internationale à ne pas être uniquement vocal, le groupe de Cat Coore a été très marqué par l’attitude conquérante de Bob Marley. Il a incorporé au reggae des influences étrangères disco, funk, musique classique, jusqu’au rap et connaît un succès constant sur les scènes internationales.


Cat Coore est le fils d’un professeur de musique, Rita Coore, et d’un économiste, le vice-premier ministre de Jamaïque David Coore. Agé de huit ans, il est inscrit à la Foster Davis School of Music, où il étudie quatre années, après quoi il se joint à Inner Circle à l’âge de douze ans, passant encore deux années à la Jamaica School of Music. Parallèlement, il joue avec son ami «Ibo» Cooper dès la fin des années 60 dans les beaux quartiers de Kingston, uptown. A dix-huit ans, Cat doit quitter le groupe pour se consacrer à ses examens de fin d’année. Impressionné par les débuts internationaux de Bob Marley, il est déterminé à toucher le grand public. Il forme Third World en 1973 avec Colin Leslie, recrutant des musiciens d’un niveau déjà professionnel capables de chanter des choeurs, comme Richie Daley (ex-Astronaut, accompagnateur de Ken Boothe, des Hell’s Angels avec Clive Hunt, de Tomorrow’s Children et de Toots & The Maytals) : de formation classique, ce musicien pratique aussi bien, outre la basse, la guitare et le piano. Tous ont déjà joué avec Inner Circle et mélangent le funk et le reggae sur les scènes de Kingston dès 1974, ce qui leur vaut une bonne presse. Ils jouent en première partie des Jackson 5 au Jamaican National Stadium, puis en Grande-Bretagne et signent rapidement avec Chris Blackwell des disques lsland qui les invite à jouer en première partie de Bob Marley (cette tournée occasionnera le Live au Lyceum de celui-ci en 1975). Ils publient l’album soigné Third World (Island, 1976) qui contient une reprise, du «Satta Massa Gana» des Abyssinians. En décembre 1976, Cat Coore remplace à la basse «Family Man» Barrett pour le concert «Smile Jamaica» de Bob Marley à Kingston.

De son côté, William «Bunny Rugs» Clark, parti à New York en 1968, était devenu chanteur d’Inner Circle en 1970 et avait déjà publié les 45 tours solo «Sweet Caroline» en 1972 et une reprise du «Harry Hippie» de Bobby Womack. A la suite d’un concert au Bottom Line, il décide de se joindre à Third World pour ce qui reste son meilleur album, 96° In The Shade (Island, 1977), où le batteur William Stewart fait ses débuts : cet album au son radiophonique assure à Third World un premier succès grand public avec le beau reggae «1865 (96° In The Shade)». Journey To Addis (Island, 1978) contient le plus gros succès international de Third World, une version disco-reggae du «Now That We Found Love» des O’ Jays. La route du reggae-pop est désormais tracée, et The Story’s Been Told (qui contient le succès «Cool Meditation», 1979), Arise In Harmony (1980) et la bande du film Prisoner In The Street (1980), publiés chez Island, sont dans cette même veine. L’année suivante, les musiciens enregistrent un disque éloigné de leur son radiophonique habituel avec le producteur local «Niney» Holness, la perle «Roots With Quality» (1981), dont le titre résume leur attitude (la chanson est incluse avec d’autres productions parallèles, dont une avec le DJ Terror Fabulous, dans la double compilation définitive Reggae Ambassadors, parue chez Mango Island aux Etats-Unis). Après le succès «Dancing On The Floor», Third World participe au festival jamaïcain Reggae Sunsplash de 1981, offrant un hommage à feu Bob Marley, disparu quelques semaines plus tôt, partageant la scène avec Stevie Wonder qui a composé le reggae «Master Blaster». Wonder écrit, produit et arrange ensuite Try Jah Love (CBS, 1982), un nouveau succès qui devient emblématique du groupe. Third World publie ensuite Lagos Jump (CBS, 1983) avec Gerard Albright et les cuivres d’Earth, Wind & Fire, You've Got The Power (CBS, 1984), Rock The World (CBS, 1985), Sense Of Purpose (CBS, 1985), Reggae Radio Station et Hold On To Love (CBS, 1987), sans oublier la compilation The Best Of Third World (Columbia, 1995).

Third World joue beaucoup aux Etats-Unis et publie en 1989 «Forbidden Love», un énorme succès extrait de Serious Business (MCA, 1989) avec, en invité, le rappeur Daddy-O de Stetsasonic. Ce titre est cosigné par le jeune Rupert «Gypsy» Bent III : guitariste, organiste et percussionniste kété, producteur de Jimmy Cliff, Burning Spear, Toots & The Maytals, musicien de Shabba Ranks, Dennis Brown, Maxi Priest, Marcia Griffiths, The Mighty Diamonds, Judy Mowatt, Freddie McGregor, etc, il se joint cette année-là au groupe pour une tournée. Committed (MCA, 1993), plus proche des racines ska de Third World, mélange les sons numériques du reggae dancehall et du hip-hop («Riddim Haffe Rule»). Rupert Bent collabore à nouveau à Live It Up (MCA), et cette nouvelle influence, éloignée du reggae, déplaît à «Ibo» comme à Willie Stewart, qui quittent le groupe. Bunny Rugs publie Talking To You (Shanachie, 1995), puis Raw Edge seul. En solo lui aussi, Cat Coore publie Uptown Rebel (Tabou 1, 1997) où figure une version reggae au violoncelle du «Rastaman Chant» de Bob Marley. En 1997, Leroy «Barbie» Romans (flûtiste, saxophoniste, organiste et chanteur), collaborateur de Clive Hunt, Handel Tucker, Roberta Flack, Shaggy, Diana King, Maxi Priest, et des Wailers remplace Ibo. Bent se joint alors de manière définitive à Third World, et le batteur Tony «Ruption» Willims, ancien accompagnateur d’Infinite Sensuality, Stevie Wonder, Burning Spear, Khaled, Judy Mowatt, Sugar Minott, Gregory Isaacs, et surtout Jimmy Cliff, remplace Stewart. Au cours de sa carrière, Cat Coore a également enregistré avec Cyndi Lauper, Maxi Priest, Bunny Wailer, Michael Rose, Sly & Robbie, Shabba Ranks et bien d’autres, et produit de nombreux disques.
# Posté le samedi 13 mars 2004 04:46
Modifié le samedi 13 mars 2004 05:09

Toots & The Maytals

Toots & The Maytals
Trio vocal de soul, ska, rock steady et reggae jamaïcain, 1962 :
Frederick «Toots» Hibbert (chanteur soliste), né à May Pen, Jamaïque, en 1945 ; Nathaniel «Jerry» Mathias (chanteur), né en 1937 à May Pen ; Henry «Ralaigh» Gordon (chanteur), né en 1939 à May Pen.

Inspiré comme Ray Charles par les phrasés gospel des chants d’église baptiste, Frederick «Toots» Hibbert est un des plus grands nom du reggae. Avec sa personnalité exubérante et exaltée, un style et une voix rêche proches de ceux d’Otis Redding, il s’est surtout imposé sur scène. A la façon d’un James Brown, il est un des plus grands interprètes de sa génération au style souvent résumé par sa composition «Reggae Got Soul».


Venu de la campagne jamaïcaine, Toots est un petit homme extrêmement chaleureux, à l’éducation fruste et à la foi profonde qu’il chante à l’église baptiste avec ses amis Jerry et Raleigh. Son chant vibre d’une joie intense et brûlante, très émouvante dès les premiers disques de ska des trois Maytals en 1962 (les 33 tours Never Grow Old et Life Could Be A Dream, chez Studio One). Après une série de succès locaux, les Maytals enregistrent pour les autres producteurs de premier plan de l’époque Prince Buster, Leslie Kong et Byron Lee (qui pour ne pas leur payer de redevance, sortent parfois leurs 45 tours sous le nom des Flames et des Vikings). En 1966, les deux faces de leur 45 tours «Daddy-It’s You» atteignent ensemble le sommet des ventes, ce qui constitue un record. Ils gagnent le festival jamaïcain de concours de chant avec «Bam Bam» : ils sont alors considérés comme le plus grand groupe vocal de l’île, un statut très disputé qu’ils conserveront durant des années. Fin 1966, Toots est incarcéré pour détention de chanvre indien durant dix-huit mois. En 1968, il enregistre un premier 45 tours pour Beverley's, l’excellent «54-36 That’s My Number» (c’est-à-dire son numéro de bagnard) où, de manière éblouissante, il chante en rock steady son expérience carcérale. Il cumule les succès avec «Do The Reggay» (le premier morceau à utiliser ce nom dans son titre), «Monkey Man» (qui marche bien en Grande-Bretagne) et «Sweet And Dandy», un titre grâce auquel il remporte à nouveau le concours de chant national.

Les Maytals apparaissent dans le film Harder They Come (Tout, tout de suite) chantant «Pressure Drop» (qui sera repris par Clash) : leur titre de groupe n° 1 est confirmé en 1972 quand «Pomps And Pride» remporte à nouveau le concours national. Après «Funky Kingston», un titre qui fera date, un contrat international avec Island les rebaptise Toots & The Maytals. Après In The Dark, leur album Reggae Got Soul rencontre un beau succès en Grande-Bretagne. En 1980, Live capte les Maytals avec leur énergie légendaire. Ce disque historique, mixé et pressé dans la nuit, est sorti vingt-quatre heures plus tard dans les magasins et vendu au concert du lendemain à Londres. Le renvoi de Jerry et Raleigh en 1982 annonce malheureusement un déclin dans la qualité des disques : Toots en solo n’a jamais égalé les Maytals, malgré un beau sursaut en 1988 avec Toots In Memphis où il reprend plusieurs morceaux d’Otis Redding, ainsi que le classique soul «Knock On Wood». Déconcerté par son insuccès chronique, Toots continue à enregistrer dans différents styles, cherchant toujours à percer avec une musique soul moins convaincante. Il se produit sur scène avec des résultats explosifs. Son style nerveux, rugueux, même s’il est parfois peu subtil, est d’une puissance extraordinaire.
# Posté le samedi 13 mars 2004 04:48
Modifié le samedi 13 mars 2004 05:07

U Roy

U Roy
DJ et chanteur de reggae jamaïcain, 1961 né en 1942 à Kingston, Jamaïque.

Surnommé «The Originator» («L’lnventeur»), ce DJ-animateur des sound systems développés en Jamaïque depuis 1950 est un des premiers à avoir enregistré ses improvisations parlées sur des versions remixées, presque entièrement instrumentales, de succès du rock steady, puis du reggae. Son style vocal entraînant de toaster, très populaire dès 1970, a été copié par la suite par un nombre incalculable de DJ jamaïcains. Il a fait de U Roy un des indiscutables précurseurs du rap, répandu en Jamaïque avant de se développer à New York et dans le reste des Etats-Unis et du monde avec le succès que l’on sait.


U Roy, enfant des ghettos de Kingston, est d’abord un DJ de jazz, de rhythm’n’blues et de ska qui travaille dès 1961 pour le sound system d’un Chinois, «Doctor Dickies» (connu plus tard sous le nom de «Dickie Dynamics»), dans des salles comme Victoria Pier, Forresters Hall et Emmett Park à Kingston. Il est inspiré par Winston «Count» Machuki, le DJ de «Coxsone» Dodd qui, au micro, raconte des histoires élaborées. U Roy passe lui aussi des disques selon la tradition live jive jamaïcaine, il les lance au micro, présentant les chanteurs à la manière d’un animateur de radio, incitant l’assistance à danser en lançant des invectives dynamiques et des interjections diverses. Vers 1967, il se joint au sound system de Sir George The Atomic à Maxfield Avenue, il est bientôt invité à prendre le micro au bien plus prestigieux sound system de «Coxsone» Dodd, intervenant avant la vedette King Stitt (le premier DJ à enregistrer de façon consistante). Frustré de ne pouvoir présenter aucune nouveauté des productions Dodd en exclusivité (celles-ci sont monopolisées par Stitt), il retourne au sound system de Sir George puis devient en 1968 le DJ d’un nouveau petit sound system de quartier, le King Tubby’s Home Town Hi-Fi. Quand King Tubby invente le dub en 1968, celui-ci confie à son DJ ses dub plates (premiers remixages instrumentaux de gros succès du rock steady gravés sur des disques en acétate, à exemplaire unique). Ces versions instrumentales ont un énorme succès sur les pistes des dance halls où Tubby apporte son sound system. Le principe du dub sera bientôt copié dans toute l'île, et U Roy profite de l'engouement pour ces morceaux instrumentaux qui lui laissent l'espace nécessaire pour développer ses interventions au micro. Influencé par d'autres DJ importants comme King Sporty, Sir Lord Comic, Kerr Walker et surtout Count Machuki, il développe alors un style radicalement nouveau.

Avec U Roy, à la fin des années 60, pour la première fois, en précurseur du rap, un DJ parle sur toute la longueur d’un morceau. Cet exercice le pousse à inventer des paroles mémorables, ce qui est le principe même du rap. Dès 1968, U Roy se construit, grâce à ses textes, une solide réputation, devenant le premier véritable rappeur complet de l’histoire. Il mélange de façon délicieuse le style parlé et le chant, utilisant aussi le scat. Il devient ainsi un des premiers singjays, à la fois chanteurs et DJ. La puissance de son style est telle qu’une nuit où l’électricité doit être coupée à cause de la pluie, il tient la foule en haleine avec sa seule voix, en plein air, malgré les intempéries. Les compilations regroupant les DJ précurseurs, Keep On Coming Through The Door, Jamaican DJ Music 1970-1973, et, attribué à U Roy & Friends, With A Flick Of My Musical Wrist (Trojan), témoignent de la force de son style. La révolution annoncée par U Roy a tôt fait d’être copiée. Ainsi, le DJ du sound system El Paso Hi-Fi, Dennis Alcapone (My Voice Is lnsured For Half A Million Dollars, Trojan), devient presque aussitôt son grand rival. D’autres suivront, comme Scotty , U Roy Junior (alias Froggy), ou le grand Big Youth, qui sera le premier à l’éclipser en 1972.

En 1969, l’important producteur Duke Reid, à la suggestion de John Holt, se décide à enregistrer la voix du nouveau phénomène qu’est U Roy. Ainsi, fin 1969, celui-ci enregistre les 45 tours «Scandal» pour le producteur Lloyd Daley, «King Of The Road» pour Bunny Lee, «Dynamic Fashion Way» pour Keith Hudson, et «Earth’s Rightful Ruler» pour Lee Perry (qui utilise une rythmique de Ras Michael & The Sons Of Negus, la voix de U Roy y étant mélangée à celle du chanteur Peter Tosh), puis grave «OK Corral», toujours pour Perry. Encore DJ du sound system de King Tubby, U Roy continue alors à toaster le soir sur ses fameux succès de rock steady spécialement remixés en dub par Tubby. Dès les premiers mois de 1970, le 45 tours «Wake The Town» (sur un dub du «Girl I’ve Got A Date» d’Alton Ellis) monte instantanément au n° 1 des deux stations de radio de l’île ; «Rule The Nation» monte au n° 2, suivi de «Wear You To The Ball» (sur un dub du titre des Paragons du même nom, chassant ceux-ci de la première place quelques semaines plus tard). C’est une révolution : jusque-là, personne ne pensait qu’un DJ pouvait obtenir un véritable succès. Tubby gravera vingt-neuf autres versions des plus gros succès du label Treasure Isle toastés par U Roy (albums publiés par Treasure Isle-Virgin : Version Galore en 1978, With Words Of Wisdom en 1979, compilation Version Of Wisdom, 1990). U Roy, enfin, innove aussi par son utilisation des thèmes du Rastafari qu’il est le premier à exprimer de façon aussi consistante, sans équivoque, rencontrant un écho aussi populaire. U Roy pose aussi sa voix sur des dubs des producteurs Glen Brown («Number One In The World»), Joe Gibbs, Lloyd The Matador, Lee Perry («Stick Together»), Alvin Ranglin («Way Down South»), Winston «Niney» Holness, Bob Marley et Lloyd Charmers.

En 1972, quand U Roy crée ses propres labels Mego-Ann et Delma, le son du reggae a, sous son influence, complètement changé. Son style DJ toaster est devenu une nouvelle forme de musique à part entière, et les producteurs recyclent tous leurs succès avec des versions de DJ. Le succès de U Roy incite aussi, indirectement, les producteurs à développer le dub, qui aura lui aussi un impact très important sur la musique mondiale. Les suiveurs de U Roy rivalisent de talent. Ses émules Big Youth, Prince Jazzbo, I Roy, Dillinger, Jah Stitch, Prince Far I, Tappa Zukie et bien d’autres se succèdent, parvenant au premier plan avec ce style. U Roy enregistre d’autres classiques pour des producteurs comme Bunny Lee (The Best Of U Roy, Live Love-Third World) et surtout Prince Tony Robinson pour qui il grave un grand nombre de 45 tours. En Grande-Bretagne, Virgin-Front Line publie ses albums : Dread Ina Babylon en 1975, Natty Rebel en 1976, Rasta-Ambassador en 1977, Jah Son Of Africa en 1978 et la compilation Natty Rebel — Extra Version en 1991. En 1976, il se produit au Lyceum de Londres avec Sly Dunbar et son équipe au style reggae «rockers». Il lance Sturgav, son propre sound system à Kingston (détruit en 1980), avec un autre, Ranking Joe, et le selecter Jah Screw, puis enregistre quelques albums inégaux au cours des années 80 : Love Is Not A Gamble (Stateline, 1980), Crucial Cuts (Virgin, 1983). Il grave deux disques réussis pour Tappa Zukie (Line Up And Come, Tappa, 1987) et Prince Jazzbo (Music Addict, Ras, 1987), suivis des faibles True Born African (1991) et Smile A While (1993), enregistrés avec Mad Professor pour Ariwa à Londres. Au cours des années 90, U Roy apparaît souvent sur scène avec talent, mais tout ce qu’il a réalisé depuis sa décennie de gloire de 1969 à 1979 s’est accompli à l’ombre de son rôle essentiel d’inventeur du rap.
# Posté le samedi 13 mars 2004 04:51
Modifié le samedi 13 mars 2004 05:03