Ce chanteur de reggae s’est distingué par un style nonchalant et alangui au charme puissant.
Élevé dans son village de naissance, où survivent de nombreuses traditions africaines, notamment culinaires, Pableto grandit en élevant des chèvres et des vaches dans la petite ferme de ses parents. Il vit de fruits et de soleil et découvre Ray Charles, James Brown, les Platters dans les années 50 à la radio. Cherchant une vie meilleure, sa famille déménage à Kingston pendant son adolescence et il découvre le ska des années 60. Il est impressionné en entendant le tromboniste Don Drummond et les Skatalites jouer sur scène, admire Peter Tosh et les Wailers, et Prince Buster. Dès l’école, où il joue la comédie et chante déjà, il rêve de devenir musicien et danse sans arrêt dans la boutique de sa mère. Il auditionne chez tous les grands producteurs de reggae au début des années 70 et, financé par Geoffrey Chung, c’est dans son studio Black Ark que Lee Perry réalisera son premier 45 tours, l’hymne à la consommation de chanvre «I Man A Grasshopper» (1975), suivi de «Blood Money» (1976) qui révèle l’engagement prononcé de Pableto (rebaptisé Pablo Moses, « Moïse » en anglais). Ils seront réunis pour son grand classique, Revolutionary Dream, en 1976 (Jigsaw en Jamaïque, Tropical Sound Tracks en Grande-Bretagne, réédité par Blue Moon-Musidisc en France en 1992). Produit par Geoffrey Chung pour Jigsaw, cet album mêle les commentaires sociaux au message rastafari. A la même époque, il grave aussi les 45 tours «We Should Be In Angola» (Penetrate) produit par Clive Hunt, et «One People» pour Ja-Man (réédité sur une compilation par Blood & Fire), tout aussi militants et soignés.
Avec son style doux et sa voix à la résonance inimitable, Pablo Moses propose un reggae inhabituellement « endormi », très différent du genre « rockers » souvent plus nerveux alors en vogue en Jamaïque. Son détachement fait son charme, et ses compositions sont animées par des paroles soignées et intelligentes. Il signe alors avec la marque Island de Chris Blackwell, qui lui indique qu’il ne produira son prochain album qu’en 1980. En attendant, Pablo Moses se rend à la Jamaica School of Music où il apprend le solfège, la guitare et le piano. Il lui faudra attendre 1980 pour qu’Island finance un enregistrement et publie enfin A Song, un album très bien accueilli par les critiques occidentaux, qui lui construit une solide réputation. En 1981, Pave The Way, réalisé par Pablo et Geoffrey Chung avec la crème des musiciens de l’île comme tous ses disques précédents, parachève sa célébrité. Pablo Moses organise régulièrement des tournées en Europe depuis, mais la chance tourne quand Island cesse de produire du reggae. Il arrange et enregistre alors lui-même In The Future (réédité par Tabou 1 avec l’album de dub afférant en 1997) avec son groupe de scène et l’aide des Wailers en 1983. Trop vite réalisé, de son propre aveu, par manque de moyens, ce disque est néanmoins touchant et plutôt réussi. Il est suivi par Tension (Alligator-Mercury, 1985), Live To Love (Rohit, 1985), We Refuse (Profile, 1990), Confessions Of A Rastaman (Musidisc, 1993) et Mission (Musidisc, 1995), mais la qualité des disques décline quelque peu au fil des années et il ne retrouvera pas le succès de ses premiers enregistrements. Pourtant, sa légende reste intacte et Pablo Moses demeure un nom respecté des amateurs de reggae. En 1998 Music Is My Desire (Tabou 1-Média 7) est publié, son premier album sur scène, enregistré lors de sa dernière tournée européenne, ainsi que Pave The Dub, dub jusqu’alors entièrement inédit de l’album Pave The Way.
